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Université d'été de la BK 2014

Bibliothèque Kandinsky - Centre Pompidou

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Portail documentaire de la Bibliothèque Kandinsky, Centre de documentation et de recherche du Musée national d’art moderne centre de création industrielle, Centre Pompidou ….

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    UNIVERSITÉ D’ÉTÉ DE LA BIBLIOTHÈQUE KANDINSKY

    23 juin – 2 juillet 2016

    (for English version, please scroll!)

     

    LES SOURCES AU TRAVAIL

    Bricolage et contre-cultures à l’ère de la reproductibilité technique

    1950-1970


    APPEL A CANDIDATURE

     

    L’Université d'été de la Bibliothèque Kandinsky est un programme du Musée national d’art moderne – Centre Pompidou qui se déroule dans l’espace public de présentation des collections permanentes. Elle a pour objet les sources de l’art moderne et contemporain : archives, documentation écrite, photographique ou filmique, témoignages, mais aussi d’autres formes d’appropriation artistique et de production documentaire. Format interdisciplinaire, l’Université d'été de la Bibliothèque Kandinsky réunit des jeunes chercheurs : historiens et historiens de l’art, anthropologues et sociologues, artistes, critiques, commissaires d’expositions, qui s’engagent pendant dix jours dans un travail collectif sur les sources avec des professionnels de l’art et des universitaires. Implantée dans l’espace du musée, la table-vitrine autour de laquelle s’assemble l’Université d'été est l’instrument de ses débats et l’outil du déploiement de la documentation qui les inspire. Elle recueille des sources archivistiques et des documents (manuscrits, imprimés, photographiques, cinématographiques) proposés ou évoqués au cours des séances, des fac-similés, ou des reproductions. Plusieurs ateliers d’écriture, de traduction et des séances de lecture rythmeront cet été le parcours de l’Université d’été. Pour son troisième numéro, la production éditoriale de ces échanges, le "Journal de l'Université d'été de la Bibliothèque Kandinsky", sera tout à la fois un recueil de sources et une création graphique expérimentale qui reflètera les débats dont auront résonnés les séances de travail.

     

    Dans toute leur pluralité et malgré leur hétérogénéité, les choix politiques, théoriques et artistiques des contre-cultures se manifestent dans l’urgence à produire des modes de création, de vie et des comportements nouveaux.

    En écho immédiat avec l’exposition du Centre Pompidou sur la Beat Generation, l’Université d’été de la Bibliothèque Kandinsky prolongera la proposition expographique par un débat critique, tout en élargissant le propos aux paysages des contre-cultures et aux laboratoires intellectuels et artistiques qui les ont suscitées. Beats, Angry Young Men, Situs ou Provos, pratiques alternatives et scènes underground, nous reviendrons donc sur une génération contestataire, tenace à la fois dans la poétique et la politique de la provocation.

     

    Pour les lectures critiques récentes appliquées aux phénomènes alternatifs des années 1960, aux « global sixties » et aux « modernités hippie », la contre-culture s’avère un défi historiographique insolent. Phénomène polyphonique, sans l’homogénéité d’un grand récit, ni la facilité des taxinomies historiques préétablies, les contre-cultures relèvent d’un autre régime d’analyse ancré dans le micro-événementiel, dans les biographies contextuelles, dans les langages et dans la culture matérielle du quotidien. Quelles pratiques de documentation et quelles méthodes d’analyse appliquer alors à un objet fuyant, constamment en évolution et en décalage avec les régimes d’historicité conventionnels ? Comment restituer au niveau discursif et de l’expérience artistique elle-même, les récits de la contre-culture ?

     

    C’est à l’aune de la culture matérielle et de ses « modes techniques d’existence » que de nouvelles analyses de la pratique contre-culturelle peuvent surgir. Il s’agit d’interroger différentes formes de l’imagination et de l’inventivité technique à l’œuvre, allant des pratiques d’autogestion à l’époque du bricolage, de l’assemblage  et du do-it-yourself, des communautés de création et de la conscience collective. Il s’agit aussi de revenir sur cette ambivalence fondamentale que les contre-cultures entretiennent avec les technologies, tiraillées entre la dénonciation de l’autorité technocratique et l’avènement d’une nouvelle société de l’information, explorateurs d’une synthèse complexe entre pensée mystique et prospection cybernétique.

     

    Selon son principe de travail structurant, l’Université d’été mettra à disposition des participants un ensemble de ressources documentaires – pour une grande partie inédites. Elle invitera les participants à enrichir le débat en apportant, à leur tour, les sources de travail qui ont déclenché leurs propres recherches et interrogations, et à poursuivre les opérations historiographiques sur un mode de lecture critique et d’écriture inventive.

     

    Les sources au travail, mais l’imagination au pouvoir !

    Les axes thématiques sur lesquelles devront porter les propositions de candidature sont:

    -          formes de vie alternatives, idéaux communautaires, travail collectif, réseaux transnationaux de la contre-culture, pratiques alternatives de production et diffusion, biographies exceptionnelles ;

    -          procédés expérimentaux (visuels, sonores et textuels), « mauvais genres » esthétiques, intermédialité, techniques analogiques, montages et véhicules de la représentation ; expérimentations technologiques ;

    -          formes d’engagement politique, soulèvement des jeunesses, territoires de la contestation, frontières de la marginalité, économies souterraines et produits dérivés de la contreculture, registres de l’événement ;

    -          géographies imaginaires, dérives urbaines et itin-errances extatiques, lieux du voyage et cartographies de la fuite. Une prolongation de ces géographies prendra forme à travers des visites et dérives urbaines, dont le parcours sera établi ultérieurement.

     

    « Pour exorciser l’esprit de la catastrophe » (et reprendre le titre d’un happening célèbre acté par Jean-Jacques Lebel, en 1962 à la Galerie RaymondCordier), l’ensemble des échanges et le résultat du travail collectif sera documenté par la production éditoriale du troisième numéro du « Journal de l’Université d’été de la Bibliothèque Kandinsky». Réalisation visuelle expérimentale et production documentaire conçue sur la forme d’un fanzine, elle associera le concours des graphistes et des participants-mêmes, et sera réalisée pendant les ateliers d’écriture de l’Université d’été.

     

    PROCEDURE DE CANDIDATURE

     

    L’Université d’été de la Bibliothèque Kandinsky s’adresse à un public transversal de jeunes historiens, historiens d’art, anthropologues, sociologues, étudiants conservateurs, artistes et vétérans !

    Les étudiants de troisième cycle (doctorants et post-doctorants) ainsi que les artistes qui souhaitent participer sont priés de soumettre une proposition de communication et une lettre de motivation accompagnée d’un CV et d’une liste de publications, tout en précisant les langues étrangères maîtrisées. Il est nécessaire pour concourir de maîtriser l’anglais et le français.

     

    Les propositions ne doivent pas dépasser plus de 4 500 signes ou 700 mots et peuvent être rédigées en anglais ou en français. Elles doivent être soumises dans un document de format PDF et doivent comporter le nom du candidat, ses adresses (électronique et postale), l’établissement et le pays.

    Les participants devront apporter un choix de sources qui servira de support à la présentation de leur travail.

     

    Les propositions de communication sont à adresser avant le 20 mars 2016 à l’adresse électronique : bibliotheque.kandinsky@centrepompidou.fr

     

     

    La ligne « sujet » du mail doit préciser le nom du candidat précédé de la mention Université d’été.

     

    Les propositions seront examinées par le Comité de pilotage qui se chargera d’établir le programme définitif de l’Université d’été. Le Comité de pilotage retiendra 25 candidatures. Tous les candidats, qu’ils soient ou non retenus, seront contactés individuellement avant le 27 mars 2016.

     

    Une contribution d’inscription de 100 € sera demandée aux participants qui bénéficieront de l’enseignement de l’Université d’été. Cette contribution couvrira un certain nombre de frais – transport vers des lieux visités, éventuels droits d’entrée dans des institutions, etc.

     

    A l’attention des candidats qui en feront la demande, le Centre Pompidou émettra toutes attestations utiles leur permettant d’obtenir toutes bourses ou aide de financement qu’ils pourraient requérir auprès de fondations, de musées ou d’institutions universitaires ou de recherche.

     

    *

     


    The Bibliothèque Kandinsky’s SummerUniversity is a Musée National d’Art Moderne/Centre Pompidou research program installed on the very premises of the museum. It focuses on modern and contemporary art primary sources: archives, documentary materials (both written and visual), interviews, records as well as new forms of artistic appropriation and documentary production. Interdisciplinary in format, the SummerUniversity brings together young researchers: historians, art historians, anthropologists, sociologists, artists, critics and curators which share a collective reflection with art professionals and various scholars around source materials. It will be held in the museum’s space all around a conference table acting at the same time as an exhibition device displaying documents. The space will be invested with facsimiles, reproductions and archival material presented during the working sessions. Several writing and translation workshops as well as reading sessions will rhythm the 10-days program. The editorial production of this material will be assembled under the format of a journal - "Journal de l'Université d'été de la Bibliothèque Kandinsky"- both as a critical anthology registering the debates during the sessions and as a graphic experimental production.

     

     

     

    In all their heterogeneity, the political, theoretical and aesthetical scopes embedded in the counter-culture phenomena place themselves under the urgency of reinventing new modes of creation, behaviour and life.

     

    In extension to the Beat Generation exhibition hosted by the Centre Pompidou starting with June 2016, the BibliothèqueKandinskySummerUniversity reactivates the discussion around the multiplicity of countercultural expressions and around the intellectual hubs that have generated them. Beatniks, Angry Young Men, Situationnist and Provos, alternative practices and underground scenes, the SummerUniversity will be the place to investigate under new light a generation placed under the sign of dissent.

     

    Recent explorations in cultural studies and new perspectives shed by interpretations applied to the “global sixties” and “hippie modernisms” convey the historiographical complexity of the subject. Denoting a polyphonic character, without the comfort of made-up taxonomies, the counter-cultural phenomenon raises new forms of analysis, anchored in micro-histories, in contextual biographical writing and languages and material culture of the everyday. What kind of documentary practices and methods can be applied then to a shifting object, constantly escaping conventional regimes of historicity? What kind of narrative and experiential rendering can be imagined for the counter-cultural “stories”?

     

    Material culture and the understanding of its technical modes of existence can offer a viable pathway. We will be addressing the different ways imagination and technical inventiveness fashion artistic practice, going from self-management situations in the era of bricolage, assemblage and do-it-yourself to creative communities and collective consciousness. We will also interrogate one of the counter-cultural persistent ambivalences towards technology, caught up in-between the opposition against the technocratic power and the future of a society of information, between mystical attraction and cybernetic prospective.

     

    The Bibliothèque Kandinsky Summer University 2016 edition will give the opportunity to put sources “at work” and to bring together young researchers, curators and artists around documentary material – for some part largely unseen. It invites researchers from all horizons to bring up their source material and to put it into debate, through historical creative and inventive writing.

     

    Primary sources at work but all power to the imagination!

    The thematic topics that we open to participation focus around:

     

    -         alternative modes of life, community ideals, collective work, transnational networks of the counter-culture, alternative production and distribution practices, exceptional biographies;

    -         experimental technologies and modes of creation (visual, sound, text), “bad genres”, intermedia, analogue techniques, cut-ups;

    -         political actions and events, student movements, territories of dissent, borders of the marginal, underground economies, derivative products;

    -         imaginary geographies, urban derives, ecstatic wanderings,  places of journey and cartographies of escape. A prolongation of these expanded geographies will take place via visits and urban excursions on the Parisian scene.

     

    « Pour exorciser l’esprit de la catastrophe » (in Jean-Jacques Lebel’s words), the 10-days debates and collective work will be gathered and documented by the third issue of the « Journal de l’Université d’été de la Bibliothèque Kandinsky ». Experimental visual production and documentary extension in its own, reactivating the practice of the fanzine, the Journal will bring together graphic designers and the participants of the SummerUniversity themselves and will be conceived during collective writing sessions.

     

     

    APPLICATION PROCEDURE

     

    The Bibliothèque Kandinsky’s SummerUniversity is intended for young historians, art historians, anthropologists, sociologists, curators, graphic designers and artists at large.

     

    Post-graduate students (PhD candidates, PhDs, post-doctoral researchers), artists and curators who wish to take part in the Summer University are invited to submit a proposal, as well as a CV, which should clearly assess the candidate’s language proficiency. In order to apply is important to have a good command in both English and French.

     

    The proposal, which should be composed of circa 4,500 characters/700 words, may be written either in English or in French. It should be submitted in the form of a PDF document and should include the applicant's name, postal and electronic addresses, as well as the country the candidate belongs to, and the institution the candidate is affiliated with.

     

    Candidates are expected to bring along a selection of sources used in their research.

     

    The proposal dossier will be sent to: bibliotheque.kandinsky@centrepompidou.fr by March, the 20th.  

     

    The proposals will be evaluated by a scientific committee, in charge of drawing up the final SummerUniversity program. The Committee will retain 25 projects.

    All applicants, whether selected or not, will be personally contacted before March, 27th 2016.

     

    A participation of 100 will be required from each participant, who will be provided with tuition. The participation will cover transportation on site and eventual institutional entries. Accommodation can be offered under special conditions yet to be determined.

     

    COMITE DE PILOTAGE

    Didier Schulmann, conservateur, Bibliothèque Kandinsky, MNAM/Centre Pompidou

    Philippe-Alain Michaud, conservateur, MNAM/Centre Pompidou

    Mica Gherghescu, historienne de l’art, Bibliothèque Kandinsky, MNAM/Centre Pompidou

    Enrico Camporesi, attaché de conservation, MNAM/Centre Pompidou

     

    Vous pouvez adresser vos demandes de renseignements à l’adresse:

    bibliotheque.kandinsky@centrepompidou.fr

    Tel : +33 (0)1 44 78 46 65



     

    Université d'été de la Bibliothèque Kandinsky 2015

     

    Vue de la salle dite « des martyrs » au Musée du Jeu de Paume, Paris. Négatif n/b sur planfilm 20 x 25 cm. Partie gauche de deux prises de vues réalisées à la chambre photographique au printemps 1942 par le service photographique allemand du ERR (Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg). Ces négatifs ont servi ces dernières années à une identification quasi complète des œuvres spoliées et exposées dans les salles du Jeu de Paume à l’époque : http://www.culture.gouv.fr/documentation/mnr/MnR-jdp.htm

    UNIVERSITÉ D’ÉTÉ DE LA BIBLIOTHÈQUE KANDINSKY
    2 au 11 juillet 2015

    CENTRE POMPIDOU, PARIS

     

    Programme

     

    LES SOURCES AU TRAVAIL
    Les spoliations d’œuvres d’art par les nazis – la scène parisienne

     

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    APPEL A CANDIDATURE 

    Les choses durent plus longtemps que les gens. Il arrive toujours un moment où tous, acteurs et témoins, étant morts, les seuls contemporains de l’événement sont les lieux et les choses. Chaque anniversaire de la libération d’Auschwitz le montre bien : il y a de moins en moins de rescapés et bientôt il n’y en aura plus. Dans le même temps, cependant, l’actualité est toujours plus régulièrement bousculée par l’apparition — et l’éventuelle restitution — d’œuvres d’art spoliées par les nazis dans le cadre de leur politique de persécution antisémite. Les œuvres d’art, capables d’inscrire un passé lointain dans le vif du présent, sont-elles ainsi appelées à constituer les derniers témoins, évidemment imparfaits, de cette politique sans équivalent qui, pour toujours, a changé l’Europe ?

    Le crime des spoliations et la politique de restitutions qui lui a répondu ont fait l’objet, depuis une vingtaine d’années, d’importants investissements, historiographiques, institutionnels, juridiques ou même artistiques. De nombreux colloques ou propositions artistiques récentes montrent à l’envie les enjeux brûlants qui se profilent derrière cette question patrimoniale qui n’est technique qu’en apparence. Dans la nouvelle édition de son Université d’été, la Bibliothèque Kandinsky propose de procéder à un réexamen du dossier en revenant au point de départ, c’est-à-dire aux sources.

    Les sources ? On n’insiste jamais assez sur la multiplicité de leur sens et de leurs usages. Elles servent à écrire et comprendre l’histoire de ce qui s’est passé. Dans le cas présent, ce sont elles également qui permettent de débrouiller le parcours tortueux des œuvres et la légitimité des éventuelles demandes de restitution. Elles peuvent enfin servir de support à des opérations intellectuelles plus complexes, celles d’artistes contemporains dont les œuvres, se référant à celles que les nazis ont ciblées du fait de leur auteur ou de leur propriétaire, disent quelque chose de la manière dont ce passé est partie prenante de notre présent.

    Or une source, en elle-même, à elle seule, ne dit rien ou si peu. Ce qui fait sens, c’est la manière dont nous sommes capables de les articuler les unes aux autres, de procéder à des raccords contextuels multiples et de donner à voir la stratification des enjeux de la spoliation. L’Université d’été mettra un choix de sources à disposition des participants qui sont, pour leur part, invités à enrichir cet ensemble en apportant les sources utilisées dans leurs travaux. Il s’agira certes, par un travail collectif, de mettre en œuvre un répertoire d’opérations historiographiques, mais aussi d’exercer son sens critique et sa capacité d’inventivité. L’Université d’été de la Bibliothèque Kandinsky 2015 sera donc l’occasion de mettre les sources « au travail » – de mettre au travail de jeunes chercheurs, étudiants conservateurs ou artistes sur les sources des spoliations d’œuvres d’art par les nazis sur la scène parisienne.

     

    L’Université d’été de la Bibliothèque Kandinsky 2015 constituera une expérience unique vécue au cœur même de l’espace du musée et animée par des intervenants issus de plusieurs disciplines. Elle prendra la forme d’une succession d’ateliers de travail arrimés aux sources autour de cinq thématiques conçues à partir d’une approche typologique.

     

    Biographies des œuvres et des collections

    Le musée est l’espace institutionnel des œuvres d’art. La collection s’y déploie selon une intelligibilité qui prend la forme d’accrochages ou de catalogues : ce sont des récits d’histoire dont les œuvres seraient les mots. Le plus souvent, il manque une tonalité à ces récits, conçus suivant des considérations patrimoniales et esthétiques : ils n’atteignent pas la profondeur de l‘histoire propre des œuvres, la couche de leur identité singulière. Car les œuvres sont chargées d’un passé, celui du rapport spécifique que leurs propriétaires successifs ont pu développer avec elles et qui a pu se trouver brisé par la spoliation. Les investissements de tous ordres – économiques, politiques, esthétiques, affectifs, familiaux, etc. – dont elles ont fait l’objet nous disent aussi quelque chose des œuvres et peuvent assurément changer le regard que nous portons sur elles. Il en est de même pour les collections, ces ensembles constitués de manière méthodique ou aléatoire où chaque pièce prenait sens.

    Combien de collections n’ont-elles pas été anéanties durant la Seconde Guerre mondiale, réduites au mieux à l’état de listes, et combien elles nous manquent, puisqu’elles auraient pu témoigner des intentions du collectionneur, constituer des sources pour une histoire de la réception et une histoire du goût. En reprenant les sources, l’Université d'été entend pouvoir reconstituer la biographie d’œuvres et de collections et, les donnant à voir sur le lieu même de leur conservation, faire entrer en collision un discours esthétique et un souci d’histoire.

    Biographies des fonds d’archives et des sources écrites

    On le voit, l’histoire des spoliations et celle, jumelle, des restitutions, est avant tout une histoire d’archive. Les sources sont ce que le passé nous a légué pour reconstituer son histoire – étant entendu que ce legs est à la fois intentionnel et aléatoire : certaines sources survivent par accident, d’autres ont été volontairement détruites. Par le fait même qu’elles existent, elles transforment le lieu qui les accueille en archives. Les plus grandes archives sont institutionnelles, d’autres sont familiales ou professionnelles. Il y a beaucoup d’archives ignorées, qui restent à découvrir. Nous explorerons dans une deuxième thématique les archives et les sources papier, écrites. On n’omettra pas le parcours parfois improbable qui a fait des archives ce qu’elles sont : pillées, déplacées, rendues, détruites ou passées au tamis, ouvertes ou fermées. Une fois encore, qui plus est, un examen plus interdisciplinaire que celui mené usuellement par les spécialistes en recherche de provenances ouvre un grand nombre de potentialités de lectures et d’usages : chaque liste d’œuvres volées dit plus que la somme des informations qu’elle rassemble.

     

    Vie des images et des représentations

    Mais les sources ne sont pas seulement écrites. Elles sont également visuelles. Images d’archives (photographies, films d’actualité, croquis) voire images de fiction – les images sont surabondantes. Elles sont présentes tout au long du processus, de l’achat de l’œuvre et de la constitution de la collection, à certaines étapes de la spoliation et surtout aux différentes étapes de la restitution. Hitler ainsi ne connaissait la collection de son futur musée de Linz que par les monumentaux albums photographiques confectionnés à dessein. Les images sont également le prétexte, le support, le déclencheur d’interventions d’artistes contemporains dont les propositions, au fur et à mesure que le temps passe, iront en se confondant avec les sources dont elles s’inspirent. Apprendre à lire les images, et derrière elles, constitue un enjeu majeur pour tous ceux que la problématique des spoliations et des restitutions intéresse – l’un des paradoxes étant que les mêmes images ont pu servir à la fois à favoriser la spoliation et à rendre possible la restitution. Nous nous intéresserons donc aux différents supports d’image et à ce qu’ils nous disent de spécifique, au-delà de leur contenu informationnel pur.

     

    Les récits et leur construction

    Des sources pour quoi faire ? Ou plus exactement : quel avenir pour les sources de toute nature interrogées dans les trois thématiques précédentes ? L’avenir des sources est la mise en récit. Chaque source a pour potentiel de rejoindre, par un biais ou un autre, un grand récit virtuel qui, sans doute, ne sera jamais écrit. On le sait, la mise en récit commence dès la production de la source : le photographe ou l’opérateur de cinéma adopte un point de vue et construit un cadrage ; une liste, un rapport, une lettre s’écrivent suivant une logique linéaire qui fait narration, les lieux à leur manière nous parlent. Mais la mise en récit se poursuit dans l’après-coup. Les exégèses des spoliations (études historiques ou de cas, souvenirs, œuvres littéraires ou artistiques) construisent bel et bien des récits, qui plus est publics, qui, interprétant les sources, finissent par s’y substituer dans l’espace public. Suivant quelles modalités ? Conclure l’Université d’été, sous l’angle des récits nous permettra de poser également quelques-uns des enjeux les plus brûlants de cette histoire. La spoliation était un phénomène éminemment politique dont la réparation est passée par une mise en récit politique ayant abouti à la mise en œuvre de dispositifs spécifiques : archive, enquête, indemnisation, restitution.

     

    Lieux de l’histoire - la scène parisienne

    La dernière thématique est de nature plus transversale : elle s’intéressera, tout au long de l’Université d’été, aux lieux de l’histoire de la spoliation et de la restitution. Nous dresserons une géographie parisienne de ces deux politiques, étant entendu que les revisiter aboutira à deux expériences distinctes : celle d’une présence permanente quand les lieux ont été conservés à l’identique ; celle d’une présence par le vide quand ils ont été détruits à la faveur de l’évolution inexorable de la ville. Cette cartographie interroge aussi le déplacement des sources de leurs lieux de productions vers des dépôts d’archives (listes de l’ERR et dossiers de réclamation aujourd’hui à La Courneuve, œuvres passées par le Jeu de Paume aujourd’hui dans les réserves des musées, dossiers d’« aryanisation » du CGQJ aujourd’hui à Pierrefitte). Il s’agit en somme de se réapproprier la ville en lui imposant un questionnaire déterminé par lequel cette histoire particulière est susceptible – malgré tout – de rejoindre le moment présent.

     

    Documenter un parcours

    L’Université d’été est ainsi conçue comme un parcours, un itinéraire qui sera documenté quotidiennement par la production d’affiches conçues sur le modèle de l’Atlas Mnémosyne d’Aby Warburg. Le public du musée pourra suivre ainsi au jour le jour l’avancée de la réflexion et ses moments les plus importants. Les différents feuillets de cet Atlas seront rassemblés à la fin de l’Université dans un livre pliable à petit tirage.

     

    PROCEDURE DE CANDIDATURE 

    L’Université d’été de la Bibliothèque Kandinsky s’adresse à un public transversal de jeunes historiens, historiens d’art, anthropologues, sociologues, étudiants conservateurs et artistes.

    Les étudiants de troisième cycle (doctorants et post-doctorants) ainsi que les artistes qui souhaitent participer sont priés de soumettre une proposition de communication et une lettre de motivation accompagnée d’un CV et d’une liste de publications, tout en précisant les langues étrangères maîtrisées. Il est nécessaire pour concourir de maîtriser l’anglais et le français.

    Les propositions ne doivent pas dépasser plus de 4 500 signes ou 700 mots et peuvent être rédigées en anglais ou en français. Elles doivent être soumises dans un document de format PDF et doivent comporter le nom du candidat, ses adresses (électronique et postale), l’établissement et le pays.

    Les participants devront apporter un choix de sources qui servira de support à la présentation de leur travail.

    Les propositions de communication sont à adresser avant le 19 avril 2015 à l’adresse électronique : bibliotheque.kandinsky@centrepompidou.fr

    La ligne « sujet » du mail doit préciser le nom du candidat précédé de la mention Université d’été.

    Les propositions seront examinées par le Comité de pilotage qui se chargera d’établir le programme définitif de l’Université d’été. Le Comité de pilotage retiendra 25 candidatures. Tous les candidats, qu’ils soient ou non retenus, seront contactés individuellement avant le 8 mai 2015.

    Une contribution d’inscription de 100 € sera demandée aux participants qui bénéficieront de l’enseignement de l’Université d’été. Cette contribution couvrira un certain nombre de frais – transport vers les lieux visités, éventuels droits d’entrée dans des institutions, etc. Il sera par ailleurs vraisemblablement possible de bénéficier d’un hébergement à prix réduit suivant des modalités encore à déterminer.

    A l’attention des candidats qui en feront la demande, le Centre Pompidou émettra toutes attestations utiles leur permettant d’obtenir toutes bourses ou aide de financement qu’ils pourraient requérir auprès de fondations, de musées ou d’institutions universitaires ou de recherche.

    Sous réserve de finalisation du budget, il sera également possible de couvrir les frais d’un nombre limité de participants ne disposant pas de financement externe.

     

    COMITE DE PILOTAGE 

    • Didier Schulmann, conservateur, Bibliothèque Kandinsky, Musée National d’Art Moderne, Centre Pompidou, Paris
    • Mica Gherghescu, historienne de l’art, Bibliothèque Kandinsky, Musée National d’Art Moderne, Centre Pompidou, Paris
    • Florent Brayard, historien, directeur du Centre de Recherches Historiques, responsable de l’équipe Histoire et historiographie de la Shoah, EHESS-CNRS, Paris
    • Arno Gisinger, artiste, maître de conférences Université Paris 8
    • Johanna Linsler, historienne, IHTP-CNRS

     

    Vous pouvez adresser vos demandes de renseignements à l’adresse :

    bibliotheque.kandinsky@centrepompidou.fr

    Tel : +33 (0)1 44 78 46 65

     

    INSTITUTION PARTENAIRE 

    Centre de recherches historiques UMR 8558, Équipe « Histoire et historiographie de la Shoah », EHESS-CNRS

     



     

    Université d'été de la bibliothèque Kandinsky 2014

     

    Magiciens de la terre, retour sur une exposition légendaire : exposition, galerie du Musée, 2 juillet au 8 septembre 2014.

     
    Au Centre Pompidou et à la Grande halle de la Villette, du 18 mai au 14 août 1989, Magiciens de la terre provoqua la surprise. Dans un monde de l’art contemporain limité aux frontières de l’Europe et de l’Amérique du Nord, cette exposition présentait des œuvres d’artistes de tous les continents dont la confrontation n’était jamais survenue au sein d’un musée. 
    Vingt-cinq ans ont passé ;  une nouvelle écologie de l’art s’est développée dans ces scènes alors émergentes. Des expositions, biennales, collections publiques et privées, foires, galeries, colloques et formations universitaires produisent une floraison éditoriale de revues, magazines, catalogues. Ils suscitent des débats  portés par des artistes, des chercheurs, des curateurs et des marchands qui se réfèrent à Magiciens de la terre alors que bien peu d’entre eux ont visité l’exposition de l’été 1989.
     Un imaginaire s’est construit : l’exposition est devenue légendaire. 
    Or, parmi les centaines d’expositions produites par le Centre Pompidou depuis 1977, Magiciens de la terre est l’une de celles qui a produit la plus considérable masse d’archives.
    Du 2 juillet au 8 septembre, une exposition de documents permet de suivre l’élaboration et de revivre l’aventure de Magiciens  de la terre dans une œuvre qui en restitue l’esprit : une frise d’images conçue par l’artiste Sarkis, exécutée par les graphistes de s-y-n-d-i-c-a-t, réinscrit les cent onze artistes de cette exposition légendaire dans leur communauté éphémère de 1989, fondatrice d’un segment de l’histoire de la mondialisation de l’art.
    Réalisée par l’équipe de la Bibliothèque Kandinsky sous le commissariat de Didier Schulmann et Stéphanie Rivoire, l’exposition croise catalogues, revues, archives, photographies, permettant de découvrir les modalités de préparation de l’exposition (recherches, missions de terrain), les choix scénographiques et le parcours de l’exposition de 1989 tel que l’avaient conçu les commissaires Jean-Hubert Martin, Aline Luque, André Magnin et Mark Francis. 
     
     
    Magiciens de la terre / Université d'été, du 2 - 10 juillet 2014
     
     
     
    Située au cœur même de l’espace d’exposition et animée par des intervenants issus de plusieurs horizons et disciplines, l’Université d’été prendra la forme d’une succession d’ateliers de travail exclusivement arrimés aux sources : photographies, manuscrits (notes, rapports, questionnaires), “sources des sources“ (périodiques, catalogues et dossiers documentaires, dossiers de presse).
     
    L’Université d'été de la Bibliothèque Kandinsky s’adresse aux doctorants, post-doctorants ou curateurs, engagés dans un travail de recherche et de réflexion sur les conditions de la mondialisation de l’art contemporain. Leur participation à l’Université d'été les conduit à exposer l’état de leurs travaux, à les confronter aux différentes formes de documentation et à contribuer au débat critique autour de modes de production et de réception d’une exposition dont les échos retentissent encore.
     
    Les séances se dérouleront du 1er au 10 juillet 2014, tous les matins de 9h à 13h. Chaque journée adossera ses travaux à des sources archivistiques, aux objets épistémologiques de l’exposition de 1989 et à la batterie des outils théoriques.
     
    L’Université d'été de la Bibliothèque Kandinsky inclura la production d’une publication animée par François Havegeer et Sacha Leopold (s-y-n-d-i-c-a-t) qui sera le reflet de ces débats et l’espace de consignation des contributions. Des ateliers d’écriture fonctionneront l’après-midi à la Bibliothèque Kandinsky, ou le soir quand les après-midi seront consacrés à des visites de réserves de musées, de dépôts d’archives ou de musées. La publication sera imprimée et remise le dernier jour de l’Université ; par la suite, elle sera distribuée gratuitement aux visiteurs de l’exposition et diffusée dans les bibliothèques des musées et d’universités.
     
     
     


     

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