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Bibliothèque Kandinsky

[NOUVELLES ACQUISITIONS] James Lee Byars, 100 000 minutes de papier



Christelle Courrègelongue
09 janvier 2026

Who believes in answers ? How much attention do you pay to a question that is asked of you ? 100 000 minutes de papier, de vie et de dialogue avec James Lee Byars. En rose poudré.

 

Les livres d'artiste de James Lee Byars dans les collections de la Bibliothèque Kandinsky


La Bibliothèque Kandinsky conserve neuf livres d’artiste de James Lee Byars. Parmi eux figure le catalogue d’exposition du Städtisches Museum Mönchengladbach de 1977 – une boite dorée contenant du papier de soie noir froissé, avec pour texte « TH FI IN PH » – ainsi que Gold Dust is My Ex Libris, [The White Cube] de 1983, un cube blanc, composé de pages blanches vierges, dont quelques-unes au centre présentent le texte de l’artiste et des photographies de ses œuvres.
 

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Catalogue de l'exposition « James Lee Byars », Städtisches Museum Mönchengladbach, 21 avril-22 mai 1977
Gold Dust is My Ex Libris [The White cube], Stedelijk Van Abbemuseum, Eindhoven, 1983 

Centre Pompidou, MNAM-CCI / Bibliothèque Kandinsky, RLO 139 et RLO 232
© The estate of James Lee Byars
Photo : © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Bibliothèque Kandinsky / Dist. GrandPalaisRmn et © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Bibliothèque Kandinsky


La collection de la Bibliothèque Kandinsky comprend également trois livres d’artiste collectifs auxquels James Lee Byars a participé, dont Saltoarte, une boite rassemblant les contributions d’une trentaine d’artistes, éditée en soutien au journal Pour à l’occasion de la manifestation éponyme, présentée le 23 mai 1975 sous un chapiteau de cirque à Ixelles en Belgique.

James Lee Byars (1932-1997) est né à Détroit. Il effectue de nombreux voyages au Japon, qui influencent sa vision d'une pratique où la vie et l'art se confondent. Il y découvre la notion d’éphémère et développe un goût prononcé pour l'ésotérisme, porté à ses ultimes expressions de raffinement et de perfection.

Artiste conceptuel, difficilement classable dans une catégorie stricte, influencé par Marcel Duchamp, l’art minimal, Fluxus et la culture orientale, il réalise dès 1958 sa première exposition individuelle dans l’escalier de secours du Museum of Modern Art de New York, où il présente des sculptures en papier. Parallèlement, il effectue de nombreuses performances à partir des années 1970, tant dans l'espace public que dans des lieux institutionnels, en Europe et aux Etats Unis.

Le papier garde toutefois une place centrale dans sa démarche : papier de soie, papier toilette, vélin, papier rouge, noir ou encore doré (or). Il apporte un soin très particulier à l'écriture – et notamment à l'écriture codifiée et épistolaire –, parfois réduite à quelques mots calligraphiés ou à quelques lettres ornées d’étoiles à cinq branches. Les caractères peuvent être minuscules, quasiment illisibles, même à la loupe. La lecture est un processus à part entière : le destinataire privilégié et initié doit prendre le temps de les déplier, défroisser, dérouler afin de les déchiffrer. Ce sont des compositions originales, œuvres en soi, dont la collection du Musée national d'art moderne conserve par ailleurs plusieurs ensembles majeurs.

James Lee Byars crée des sculptures de formats très différents et utilise le livre comme médium, l'échelle de ses œuvres variant de quelques millimètres à plusieurs mètres. Dans D’une œuvre l’autre : le livre d’artiste dans l’art contemporain, Guy Schraenen détaille sa technique :  «  Il réalisa des livres d’une page, un ensemble de cent livres d’une page, un catalogue de forme cubique de 1800 pages blanches sous couverture blanche sans impression, avec à l’intérieur des textes, tous en majuscules ou encore un catalogue d’une seule feuille de papier noir de sa taille, avec divers imprimés en or qui ne permettent pas de dissocier leur [sic] différents auteurs ».

Toujours en quête de perfection, son œuvre est à la fois poétique, métaphorique, symbolique, mystique, tendant parfois vers l'insaisissable et l'infra-perceptible.

 

100,000 minutes, or The Big Sample of Byars, or ½ an Autobiography, or The First Paper of Philosophy


Grâce au soutien des Amis du Centre Pompidou, la collection de la Bibliothèque Kandinsky s’enrichit du rare : 100,000 minutes, or The Big Sample of Byars, or ½ an Autobiography, or The First Paper of Philosophy, premier livre d’artiste de James Lee Byars. Publié en 1969 à l’occasion de son exposition à la galerie Wide White Space à Anvers, l'ouvrage est tiré à 250 exemplaires, sans justificatif de tirage écrit. Imprimé en offset sur papier rose, il rassemble des notes manuscrites, des questions, des propositions et des déclarations, reproduites en fac-similé d'après ses manuscrits originaux.
 

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James Lee Byars, 100,000 minutes, 1969
Centre Pompidou, MNAM-CCI / Bibliothèque Kandinsky, Fonds du livre d’artiste – Amis du Centre  Pompidou, 2025, RLQ 10576
© The estate of James Lee Byars. Photo : © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Bibliothèque Kandinsky


À propos de cette publication, Anne Moeglin-Delcroix dans Esthétique du livre d’artiste, 1960-1980, publié en 1997, analyse : « Dans son tout premier livre, Minutes (1969), fac-similé d’un manuscrit imprimé sur papier rose qui fut écrit au cours de son exposition à la galerie Wide White Space, Anvers, James Lee Byars fait alterner affirmations et interrogations, à raison d’une par page. Il rappelle des événements marquants de son histoire personnelle d’artiste ou pose des questions comme s’il présupposait un échange entre lui-même, auteur du livre, et le lecteur, censé répondre à son tour et peut-être poser ses propres questions au livre ».

Comme le souligne également Guy Schraenen : « James Lee Byars pose des questions, ses œuvres en contiennent, il fait poser des questions. Il ne donne pas de réponse, n’en attend pas non plus. Il nous interpelle et la réponse la plus importante est sans aucun doute la question qu’on est amené à se poser ».

Le choix délibéré du papier rose fait écho au mur rose de la galerie près duquel il s'installe pour écrire son autobiographie durant la dernière semaine de l’exposition. Il est relaté qu’au cours d’une performance, James Lee Byars, vêtu d'un costume réalisé pour l’occasion, distribuait aux visiteurs des extraits de son texte sur des cartes en forme d’étoile. C'est un livre-journal, une tranche de bonne philosophie qui évoque l'écho de Wittgenstein ainsi qu'une tranche de vie, tout court, qui est surprise entre les pages de cet exquis ouvrage.

Cette nouvelle acquisition prend tout son sens car elle condense l’œuvre d’un artiste conceptuel dont le papier – véritable « matière première » – et l'écriture retiennent  l'essence de son travail. 
 


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Sources


Guy Schraenen, D’une œuvre l’autre : le livre d’artiste dans l’art contemporaincat. exp., (Morlanwelz, Musée Royal de Mariemont, 22 mars – 16 juin 1996), Morlanwelz, Musée royal de Mariemont, 1996. 

- Anne Moeglin-Delcroix, Esthétique du livre d’artiste, 1960-1980, Marseille, Le Mot et le reste / Paris, Bibliothèque nationale de France, 2011.

- Andrew Roth, Philip E. Aarons, Claire Lehmann (dir.), Artists Who Make BooksLondres / New York, Phaidon, 2017.

- Collection Marie-Puck Broodthaers [catalogue de vente], Paris, Artcurial, 25 mai 2023.

 

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James Lee Byars, J.-H.M.B.P.F.F. (1989)Devil : 1977-78 (1978)P.I.I.T.L. (1990) et The Play of Great (1981)
Centre Pompidou, MNAM-CCI / Bibliothèque Kandinsky, RLPF 1108, RLPF 1207, RLPF 13873 et RLQ 843
© The estate of James Lee Byars. Photo : © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Bibliothèque Kandinsky
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