[SEMINAIRE] Dans le « pandémonium » de Pierre Guyotat. Une rencontre avec Yoann Sarrat
SéminaireUne conférence - plongée dans ce « pandémonium » de figures et de scènes, en explorant les multiples occurrences visuelles et en tentant une mise en regard analytique entre textes et dessins, tout en ouvrant le corpus aux expériences scéniques de Pierre Guyotat. Rencontre avec Yoann Sarrat, dans le cadre du projet de recherche EUR ArTEC, "Les dessins de Pierre Guyotat".
Dans sa présentation du fonds d’œuvres graphiques de Pierre Guyotat par son frère Régis Guyotat, ce dernier pose la question du « statut » à donner au foisonnement de figures constituant l’impressionnant corpus de 236 dessins et 257 calques réalisés en 1987-1991 et en 2015-2019. Une question qui engage un grand nombre de réflexions quant à la fonction hybride de cette pratique présente par périodes dans la vie de l’auteur de Tombeau pour cinq cent mille soldats (1967) et d’Éden, Éden, Éden (1970) qui permet l’amplification et l’extension visuelle d’un univers fictionnel extrêmement dense et riche.

Ces dessins participent en effet de la circonscription d’une scénographie par ses objets et lieux phares et donnent corps à ces « figures » qui peuplent et constituent le « pandémonium » de Guyotat : les « putains » – ces êtres composites complexes et évolutifs à fonction ontologique, centraux dans l’œuvre – mais aussi les « tâcherons », la « petite femelle claustrée », le « beau à rats », un personnage céphalophore, des rats, des vautours, des chiens, principalement présents dans le cycle Joyeux animaux de la misère (2014-2022), comme autant de métaphores et allégories dans un univers fictionnel longuement et rigoureusement composé.
Ce qui se déploie sous nos yeux par ce corpus, c’est aussi l’activation de l’imaginaire poétique foisonnant de l’artiste par des occurrences visuelles élaborées ou esquissées, empreintes d’une sexualité exacerbée au premier abord, mais également pleines de tendresse et de lumière, dans un monde fait de violence et d’asservissement. Une sorte de poïétique visuelle très prégnante, en somme, qui permet d’« entrer » dans cet univers si intense en images concaténées, fait de chair, de corps, de positions, d’animaux, de viande, de sang, de langues, de sexes érigés…

Cette conférence permettra une plongée dans ce « pandémonium » en explorant ces occurrences visuelles et en tentant une mise en regard analytique entre textes et dessins, tout en ouvrant le corpus aux expériences scéniques (les spectacles Bivouac et Issê Timossé, ainsi que les séances d’improvisation publique) de l’artiste dont l’œuvre moderne fondamentale et résolument transdisciplinaire permet encore d’interroger notre contemporanéité.
Yoann Sarrat est un artiste né en 1989 utilisant la danse et l'écriture. Il est docteur en littérature française, auteur d'une thèse sur l'œuvre de Pierre Guyotat soutenue en 2017. Il a travaillé avec le compositeur expérimental Frédéric Acquaviva, la chorégraphe Tal Beit Halachmi, l'alto solo Marie Takahashi, entre autres, et monte des pièces pluridisciplinaires avec des artistes issu.es d’univers différents (tatoueurs.euses, plasticien.nes, VJ, lectrices). Il a été interprète dans plusieurs compagnies de danse hip hop et contemporaine : Talita Koumi (Tours), E-Go (Niort), Daruma et Nomade (Clermont-Ferrand) et travaille régulièrement avec la compagnie de théâtre la TraverScène et le collectif ZAOUM. Il a également fondé la Compagnie FREEING en 2016 avec Thieng Nguyen avec lequel il a monté la pièce évolutive FE3LS et présente des improvisations et performances in situ. Yoann Sarrat est par ailleurs chargé de cours en littérature et dans diverses disciplines en Arts du Spectacle à l’Université Clermont Auvergne. Il a écrit plusieurs articles, textes de fiction et poèmes dans des fanzines et revues, a créé et dirige la revue FREEING [Our Bodies] consacrée aux littératures et arts corporels et a codirigé plusieurs numéros de la revue 591 avec Jean-François Bory depuis 2021. Il est l’auteur d’un essai sur l’art sonore de Frédéric Acquaviva paru aux éditions Al Dante en 2021 et de trois livres parus aux éditions Les Presses du Réel en 2022, 2023 et 2025. Depuis 2019, il élabore le projet globalisant et transdisciplinaire Histoire(s) Du Corps qui donne lieu à des pièces chorégraphiques et textuelles (HDC.20 avec Luna Baruta, HDC.23 avec Anne Gouineau et HDC.24 en solo), performances (en France et à l’étranger), livres, carnets, œuvres plastiques, CD, vidéos et films. Yoann Sarrat a également plusieurs fois exposé ses travaux en France (Galerie Satellite) et à l’étranger (Outsider Gallery, Londres, Francothèque de Moscou).
Depuis 2025, il participe en tant que chercheur associé au projet de recherche « Les dessins de Pierre Guyotat : un répertoire organique de figures et de scène » de la Bibliothèque Kandinsky du Centre Pompidou, soutenu par l'EUR ArTeC et coordonné par Mica Gherghescu.
Site Internet : freeingyoannsarrat.com
Crédits images : Fonds Pierre Guyotat, Bibliothèque Kandinsky - Musée national d'art moderne, Centre Pompidou, Paris. Droits réservés.
Quand
18h-20h30
Entrée libre sur réservation obligatoire.
